Le grand pari de la Normandie et du grand Paris.
par Daniel Lemoine
« L’avenir est enfant de l’histoire ». L’intérêt actuel de Paris pour la Normandie tient essentiellement à la façade maritime de notre région. Les politiques actuels n’ont d’ailleurs rien inventé ni rien innové. La mer ne peut être physiquement présente à Paris. Les ports de mer les plus proches sont Rouen et Le Havre situés tous deux en vallée de la Seine qui traverse la capitale. Il devient donc évident que les politiques et administratifs de Paris veulent faire de Rouen et du Havre le port de mer de Paris et la vallée de Seine l’artère vitale qui nourrit la région parisienne. La mer : c’est la Normandie. La région qui détient la plus grande longueur de côte de France. Toutes les richesses de la mer dans tous les domaines sont entre les mains des populations normandes. La question est donc : qui sera capable de profiter des besoins parisiens pour valoriser le territoire normand et sa façade maritime afin de faire sortir une bonne fois pour toutes les populations normandes du chômage et leur permette de disposer d’un pouvoir d’achat à la hauteur des fabuleux potentiels sociaux, économiques, culturels et autres ressources de leur région ?
Sans remonter à Strabon (avant l’ère chrétienne) contentons-nous tout d’abord de nous référer à Henri IV qui en manifestant son désir de Paris « Port de mer » se vit contrecarrer par le scepticisme de Sully. Puis Louis XIV en rêva. L’idée continua son chemin et se heurta dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle à l’administration des Ponts et Chaussées et au prévôt des marchands de Paris jaloux de la situation de Rouen, seul gros port de mer de négoce important. Le Comité de Salut public sous la révolution repris le projet selon les préconisations de l’ingénieur Forfait, mais les travaux ne furent pas exécutés ! Il fut remis sur l’ouvrage en 1830 mais surtout en 1886-1890 avec celui de l’ingénieur Bouquet de La Grye et ses résurgences en 1911. Les réactions de Normands furent multiples et variées. Au XVIIIème Siècle, Rouen et Le Havre s’opposaient. Les Havrais étaient pour que leur ville soit « Paris port de mer ». Ils avaient même inventés des bateaux spéciaux pour remonter la Seine. Cela évitait la rupture de charge à Rouen, donc le transbordement des marchandises. Les Rouennais sentirent bien là qu’ils ne seraient plus concurrentiels et que leur commerce maritime risquait d’en pâtir lourdement.
Un siècle plus tard Rouen et Le Havre sont unis contre…Paris.
Un partisan convaincu du projet, Alfred Feriot, est persuadé que Rouen et Le Havre y ont tout intérêt. Il est en effet démontré qu’à chaque fois que la navigation croissait, l’augmentation du tonnage des deux grands ports maritimes normands était simultanée. Pour la première fois les Normands furent consultés via les Chambres de Commerce. Une large consultation engloba les chambres de France, d’Algérie et des colonies. Sur 114 consultations 58 furent défavorables et 54 favorables dont une seule en Normandie, celle d’Alençon, trois neutres dont Flers et parmi celles nettement opposées douze normands : Bolbec, Caen, Cherbourg, Dieppe, Elbeuf, Granville, Honfleur, Le havre, Pont-Audemer, Rouen et Le Tréport.
Le Conseil général des Ponts et Chaussées fut toujours hostile aux projets de Paris port de mer quels qu’ils soient ! Historiquement l’administration est un handicap au progrès social et économique et nuit aux populations concernées qui ne peut passer outre ni exercer des recours contre le totalitarisme administratif !
Il ressurgit à propos de cette idée le vieux serpent de mer d’un canal réclamé quasi-unanimement par les communes riveraines du fleuve.
Aujourd’hui les données ne sont plus les mêmes. Il semblerait que les ports normands ont compris qu’il valait mieux travailler en complémentarité et non en rivalité ! Le port d’Honfleur est géré par Rouen ! Il y surtout de nouvelles donnes économiques et techniques avec l’apparition des portes conteneurs, des hydrocarbures, du gaz et d’autres produits ou pratiques nouvelles. Intelligemment mené et négocié ce projet peut être extrêmement bénéfique pour les populations normandes notamment laborieuses. Une fois de plus (après le grand port susceptible de concurrencer Anvers de Napoléon), avec deux siècles de retard, nous reviendrions à un projet du même Napoléon. La Seine serait la grande rue de la même ville que formeraient Paris, Rouen et Le Havre !
.. Certains de ces renseignements ont été extraits des Actes des sociétés historiques et archéologiques de Normandie. Paris, 3-6 Septembre 1986 dont l’objet était « La Normandie et Paris ». Ces livres sont plus connus sous le nom des « Cahiers Léopold Delisle » édité par la Société Parisienne d’histoire et d’archéologie normandes
